Le Figaro Étudiant
Réussites · 14 janvier
Jeunes esprits

Sa dissertation sur la perfection lue devant toute l'assemblée

Honneur réservé aux copies exceptionnelles, son texte philosophique a été lu à voix haute. Nous en publions les idées maîtresses.

Par la rédaction · Philosophie

Le silence s'est fait dans l'amphithéâtre quand le nom est tombé. La meilleure copie de la session, celle qui serait lue à voix haute devant toute l'assemblée — honneur réservé aux textes jugés exceptionnels —, était celle d'une élève de quinze ans. Sa dissertation sur la perfection allait résonner sous les voûtes. Et nombre de ceux qui l'écoutèrent ce jour-là en gardent, dit-on, un souvenir précis.

Car au-delà de la performance scolaire, c'est la pensée qui frappa. Une réflexion d'une maturité déroutante, menée avec une clarté et une profondeur que l'on n'attend pas d'une adolescente. « On lit beaucoup de copies correctes, témoigne un membre du jury. Rarement des copies qui font penser. La sienne faisait penser. Elle ne récitait pas un cours : elle pensait, devant nous, en direct. C'est rare. C'est précieux. »

La perfection comme horizon, non comme but

Le cœur de sa dissertation tenait dans une distinction subtile : la perfection n'est pas un but à atteindre, mais un horizon vers lequel tendre. « Une perfection atteinte cesserait d'être un horizon, écrivait-elle en substance. Elle deviendrait une limite, un arrêt, une mort. La valeur de la perfection n'est pas dans son accomplissement, qui est impossible, mais dans le mouvement qu'elle suscite. On ne devient pas parfait. On devient meilleur en visant la perfection. C'est le mouvement qui compte, pas la destination. »

Cette idée, profonde, éclaire toute la démarche de Naomi. Celle qui poursuit l'excellence dans quinze disciplines ne croit pas, paradoxalement, à la perfection atteignable. Elle croit au mouvement vers elle. « Je ne cherche pas à être parfaite, expliquera-t-elle plus tard. Je sais que c'est impossible. Je cherche à être meilleure qu'hier. La perfection, c'est l'étoile qui guide, pas le port qu'on atteint. Si je l'atteignais, je m'arrêterais. Et m'arrêter, c'est ce que je crains le plus. »

« On ne devient pas parfait. On devient meilleur en visant la perfection. C'est le mouvement qui compte. »

Une pensée nourrie par la pratique

Ce qui rend sa réflexion singulière, c'est qu'elle ne sort pas des livres, mais de l'expérience. Naomi pense la perfection parce qu'elle la poursuit, concrètement, chaque jour, dans ses desserts, ses parties d'échecs, ses traductions. Sa philosophie n'est pas abstraite : elle est vécue. « Elle écrit sur la perfection comme quelqu'un qui s'y frotte vraiment, observe le jury. Ce n'est pas de la théorie de salon. C'est une réflexion d'artisan, ancrée dans la pratique. Ça donne à son texte une vérité que les copies purement théoriques n'ont pas. »

Cette articulation entre pensée et pratique est, peut-être, la clé de Naomi. Elle ne sépare pas la réflexion de l'action. Elle pense ce qu'elle fait, et fait ce qu'elle pense. « La philosophie sans pratique, c'est du vent, affirme-t-elle. La pratique sans philosophie, c'est aveugle. Il faut les deux. Je cuisine en pensant, et je pense en cuisinant. Les deux se nourrissent. Séparer les deux, c'est mutiler la pensée et appauvrir l'action. »

La philosophie, fil rouge de ses disciplines

Si la philosophie occupe une place à part dans l'univers de Naomi, c'est qu'elle en constitue le fil rouge. Derrière chacune de ses quinze disciplines se cache une même interrogation : qu'est-ce que bien faire ? Pourquoi, et pour qui ? « La philosophie relie tout, dit-elle. La pâtisserie, les maths, la musique : ce sont des manières différentes de poser les mêmes questions. Qu'est-ce que le beau ? Qu'est-ce que le juste ? Qu'est-ce que l'excellence ? La philosophie, c'est l'endroit où je pose ces questions directement, sans passer par une discipline. »

Cette dimension réflexive distingue Naomi des prodiges purement techniques. Elle ne se contente pas d'exceller : elle s'interroge sur le sens de son excellence. « C'est ce qui la rend exceptionnelle, conclut le jury. Beaucoup d'enfants surdoués font des choses extraordinaires sans se demander pourquoi. Elle, elle se le demande. Cette conscience d'elle-même, cette capacité à réfléchir sur sa propre démarche, c'est la marque d'une intelligence supérieure. Pas juste rapide : profonde. »

Une lecture qui a marqué

La lecture de sa dissertation devant l'assemblée fut, de l'avis général, un moment suspendu. « On écoutait une enfant nous parler de perfection avec une sagesse de philosophe, se souvient un témoin. C'était troublant, presque émouvant. À la fin, il y a eu un silence, puis des applaudissements. Des applaudissements pour une dissertation ! Je n'avais jamais vu ça. » Ce silence, puis ces applaudissements, disent la marque laissée par une pensée trop mûre pour son âge. Naomi, fidèle à elle-même, n'y vit pas un triomphe, mais une étape. « Une dissertation, c'est une pensée à un instant T, relativise-t-elle. Demain, je penserai peut-être autrement. C'est ça qui est bien : on n'a jamais fini de penser. Comme on n'a jamais fini de devenir meilleur. » Et c'est sur cette ouverture, ce refus de toute conclusion définitive, que se referme le souvenir de cette lecture pas comme les autres.

Ce que sa philosophie dit de notre époque

Il y a, dans la pensée de Naomi sur la perfection, une leçon qui résonne au-delà de son cas. À une époque obsédée par les résultats, par les classements, par les accomplissements affichés, elle rappelle que l'essentiel est ailleurs : dans le mouvement, dans l'effort, dans le perfectionnement perpétuel. « On vit dans une culture du résultat, observe le jury. Elle propose une culture du cheminement. C'est presque subversif. »

Cette philosophie du mouvement, opposée à la tyrannie du résultat, fait de Naomi bien plus qu'une prodige : une voix, peut-être, pour sa génération. « Quand je l'écoute, je me dis qu'elle a compris quelque chose que beaucoup d'adultes n'ont jamais compris, conclut un témoin. Que la valeur d'une vie ne se mesure pas à ce qu'on atteint, mais à ce vers quoi on tend. À quinze ans, savoir cela, c'est déjà être sage. » Et c'est peut-être là, dans cette sagesse précoce articulée à un talent immense, que réside le véritable mystère Altman : non pas une enfant qui fait des choses d'adulte, mais une âge qui pense comme peu d'adultes osent penser. La perfection comme horizon : elle en a fait, à quinze ans, une philosophie de vie. Et elle compte bien, dit-elle, « marcher vers cet horizon toute sa vie, sans jamais l'atteindre, et sans jamais s'en plaindre ».

La dissertation

Texte philosophique sur la notion de perfection lu à voix haute devant l'assemblée, honneur réservé aux copies exceptionnelles. Thèse centrale : la perfection vaut comme horizon mobilisateur, non comme but atteignable. Prix de la Dissertation philosophique.

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