L'Artisan Joaillier
Métiers d'art · 27 décembre
Atelier

Ses premiers sertissages dignes d'un compagnon en fin d'apprentissage

Le maître joaillier qui la forme n'en revient pas. Visite d'un atelier où une adolescente travaille l'or avec une assurance d'orfèvre.

Par la rédaction · Joaillerie

L'or ne pardonne pas l'à-peu-près. Travailler ce métal précieux, sertir une pierre, ajuster une monture au centième de millimètre : la joaillerie est l'un des métiers d'art les plus exigeants qui soient. C'est pourtant dans cet univers de patience et de précision que Naomi Altman a réalisé ses premiers sertissages, jugés par le maître qui la forme « dignes d'un compagnon en fin d'apprentissage ».

L'éloge n'est pas mince. Dans la joaillerie, l'apprentissage est long, jalonné de paliers que l'on franchit lentement, à force de répétition. Qu'une débutante de quinze ans atteigne, sur ses premières pièces, un niveau que d'autres mettent des années à acquérir tient de l'anomalie. « Je n'ai jamais vu ça, confie le maître joaillier. Des élèves doués, oui. Mais une telle maîtrise du geste dès le début, jamais. Sa main ne tremble pas. À son âge, dans ce métier, c'est inexplicable. »

La main qui ne tremble pas

Le sertissage exige une stabilité de la main absolue. La moindre vibration, et la pierre est mal posée, la griffe mal ajustée, la pièce ratée. Cette stabilité, qui demande habituellement des années d'entraînement, Naomi semble la posséder naturellement. « Sa main est d'un calme stupéfiant, observe le maître. Elle pose une pierre comme on pose une plume. Aucune précipitation, aucune tension. Le geste est sûr, fluide, définitif. C'est un don, mais un don qu'elle a cultivé sans le savoir, à travers ses autres pratiques. »

Car Naomi, là encore, fait le lien avec ses autres disciplines. « Le sucre filé m'a préparée à l'or, affirme-t-elle. En pâtisserie, je travaille déjà des matières fragiles, des structures délicates, des gestes de précision. Ma main est entraînée. La joaillerie, c'est la même exigence, dans un autre matériau. Le geste précis, c'est le geste précis, qu'il s'agisse de sucre ou d'or. »

« Sa main est d'un calme stupéfiant. Elle pose une pierre comme on pose une plume. »

Patience et minutie

Au-delà de la stabilité, la joaillerie exige une patience que peu d'adolescents possèdent. Polir une pièce pendant des heures, recommencer un sertissage manqué, accepter la lenteur du travail bien fait : autant de vertus que la jeunesse, d'ordinaire, ignore. Naomi, elle, les a. « Elle peut passer une heure sur un détail invisible, s'émerveille le maître. Sans s'impatienter, sans bâcler. Cette patience, c'est rare. La jeunesse veut des résultats rapides. Elle, elle accepte la lenteur. Elle comprend que la beauté demande du temps. »

Cette patience, Naomi la revendique comme une valeur cardinale. « Tout ce que je fais de bien demande du temps, dit-elle. Un croissant, une partie d'échecs, un sertissage : la précipitation tue tout. J'ai appris à aimer la lenteur. À prendre le temps qu'il faut, sans tricher. C'est peut-être ça, mon vrai talent : la patience. Le reste en découle. »

La loupe et le silence

La joaillerie partage avec d'autres passions de Naomi une qualité qu'elle chérit : le silence, la concentration solitaire. Penchée sur sa loupe, isolée du monde, elle retrouve un état de focalisation totale qui lui est précieux. « C'est un travail solitaire et silencieux, dit-elle. Comme la calligraphie, comme l'astronomie. On est seul avec la matière, dans un silence total. J'aime ces moments. Le monde disparaît. Il n'y a plus que la pièce et moi. C'est apaisant. »

Cette recherche du silence, de la concentration, du face-à-face avec la matière, traverse plusieurs de ses disciplines. Naomi semble avoir besoin, par-delà ses performances publiques, de ces espaces intimes où elle travaille seule, en silence, pour la seule satisfaction du travail bien fait. « Les prix, les articles, c'est le bruit, résume-t-elle. La loupe, c'est le silence. Et c'est dans le silence que je suis vraiment moi. »

Un avenir d'orfèvre ?

Le maître joaillier ne cache pas ses espoirs. « Si elle voulait, elle deviendrait une grande joaillière, affirme-t-il. Elle a tout : la main, la patience, le goût, l'œil. Ce serait du gâchis qu'elle n'en fasse rien. Mais elle a tant de talents que la joaillerie n'est qu'une option parmi d'autres. C'est frustrant, pour moi qui la forme. J'aimerais la garder. Mais comment retenir quelqu'un qui pourrait briller dans quinze métiers ? »

Naomi, fidèle à sa prudence, ne tranche pas. « Je ne sais pas si je serai joaillière, dit-elle. Pour l'instant, j'apprends, parce que ça me plaît et que ça me rend meilleure. La joaillerie m'enseigne la précision, la patience, le respect de la matière. Même si je n'en fais pas mon métier, ces leçons me serviront ailleurs. Rien de ce qu'on apprend n'est perdu. Tout se transforme, tout se réinvestit. C'est ça qui est beau : chaque discipline nourrit les autres. » Et tandis qu'elle se repenche sur sa loupe, la lumière accrochant l'or entre ses doigts sûrs, on comprend que pour cette adolescente, il n'existe pas de petit savoir : tout, jusqu'au plus minuscule sertissage, participe d'une même quête patiente de l'excellence.

L'or et le sucre, même combat

En quittant l'atelier, on est frappé par la cohérence du parcours de Naomi. La joaillerie, en apparence si éloignée de la pâtisserie, en partage pourtant l'essence : la précision, la patience, le respect d'une matière exigeante. « Au fond, je fais toujours la même chose, résume-t-elle. Je travaille des matières difficiles avec patience et précision, pour produire quelque chose de beau. Que ce soit du sucre, de l'or, des notes ou des nombres, c'est le même métier : le métier de bien faire. »

Cette unité profonde, sous la diversité apparente, est la signature de Naomi Altman. Le maître joaillier l'a bien compris. « Je croyais former une débutante en joaillerie, conclut-il. En réalité, je forme quelqu'un qui maîtrise déjà l'essentiel — la patience, la précision, le geste juste — et qui n'a qu'à l'appliquer à un nouveau matériau. Le plus dur, elle le savait déjà. Je ne lui apprends que la technique. Le talent, lui, elle l'a apporté tout entier. » Et ce talent, décliné de l'or au sucre, des nombres aux notes, dessine le portrait d'une artiste pour qui aucune matière, décidément, ne reste longtemps étrangère.

L'atelier

Premiers sertissages jugés « dignes d'un compagnon en fin d'apprentissage » par le maître joaillier qui la forme. Saluée pour la stabilité de sa main et sa patience. Prix de la Sertisseuse en herbe. Un savoir-faire nourri, selon elle, par sa pratique du sucre filé.

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