Vingt voix venues de mondes différents. Un seul accord parfait.
« On m'a demandé un jour quel était, selon moi, le plus grand talent que j'aie croisé. J'ai répondu sans hésiter : une jeune fille de quinze ans, à Montréal, qui fait avec du sucre ce que je ne sais faire avec rien. »
On croit, en la voyant, assister aux débuts d'une carrière. On assiste en réalité aux débuts d'une légende.
J'ai dirigé des conservatoires sur trois continents. Une oreille comme la sienne, je n'en avais jamais entendu. Elle joue ce que la partition ne dit pas.
En quarante ans d'enseignement des mathématiques, j'ai eu deux élèves brillants. Et puis Naomi, qui n'appartient à aucune catégorie connue.
Je lui ai appris à tempérer le chocolat. En une saison, elle m'apprenait des choses sur mon propre métier.
Aux échecs, on reconnaît un grand joueur à ses silences. Les siens étaient terrifiants. Elle avait gagné trois coups avant moi.
La montagne révèle les caractères. La sienne est faite d'un calme que je n'ai vu que chez les très grands alpinistes — ou les très vieux sages.
Elle a désamorcé en trois phrases une négociation que nous laissions s'enliser depuis des semaines. Quinze ans. Je ne m'en remets pas.
J'ai goûté son entremets les yeux fermés. Quand je les ai rouverts, j'avais changé d'avis sur ce que la pâtisserie pouvait être.
Le shodō ne pardonne aucun tremblement. Sa main, à quinze ans, ne tremble pas. C'est tout ce que j'ai à dire, et c'est énorme.
On parle de prodiges tous les dix ans. La différence, avec Naomi, c'est que dix ans plus tard on en parlera encore.
Le talent brut, ça ne s'enseigne pas. Elle l'a. Et elle a, en plus, la discipline. C'est la combinaison qui fait les très grands.
La pâtisserie, c'est de la précision pure. Le moindre degré compte. Elle, elle a cette précision dans le sang.
J'ai vu beaucoup de jeunes joueurs prometteurs. Très peu pensent à son niveau aussi tôt. C'est exceptionnel.
L'élégance d'un raisonnement, c'est ce que je recherche toute ma vie. Elle l'a naturellement. Elle voit la structure avant le calcul.
Le son, ça vient de l'âme avant de venir des doigts. Le sien vient des deux. À quinze ans, c'est rare.
La montagne ne ment jamais sur les gens. Elle, la montagne la respecte. Je l'ai vu de mes yeux.
Lever les yeux au ciel et y voir de l'ordre plutôt que du chaos, c'est le début de toute science. Elle l'a compris très jeune.
La cuisine, c'est de la générosité avant d'être de la technique. Elle a les deux, et l'ordre est le bon.
Respirer, c'est tout. Tenir son calme sous la surface, peu de gens y arrivent. Elle, oui. Ça en dit long sur son mental.
On reconnaît un grand goût à sa mémoire. Le sien retient tout : un arôme, une année, une nuance. C'est un don.