Le calme sous la surface : portrait d'une apnéiste prodige
Sa performance en apnée statique dépasse les standards de sa catégorie d'âge. Mais c'est son mental, plus que ses poumons, qui impressionne les spécialistes.
Sous la surface, le monde se tait. Plus de bruit, plus de lumière crue, plus d'agitation. Juste le silence, la pression, et les battements ralentis d'un cœur que l'on apprend à maîtriser. C'est dans cet univers exigeant que Naomi Altman a réalisé une performance en apnée statique qui dépasse les standards de sa catégorie d'âge. Mais ce qui impressionne les spécialistes, c'est moins ses poumons que son mental.
L'apnée statique consiste à retenir sa respiration le plus longtemps possible, immobile, généralement le visage immergé. L'exercice paraît simple. Il est redoutable. Car le véritable adversaire n'est pas le manque d'oxygène — le corps en a des réserves — mais la panique. Le cerveau, alarmé par la montée du dioxyde de carbone, déclenche une envie de respirer de plus en plus impérieuse. Résister à cette envie, garder son calme face à l'alarme intérieure, voilà tout l'art de l'apnée.
Le mental avant les poumons
« Les gens croient que l'apnée, c'est une question de capacité pulmonaire, explique un apnéiste chevronné. C'est faux. C'est une question de tête. Le corps peut tenir bien plus longtemps que ce que le cerveau autorise. Tout l'enjeu est de calmer le cerveau, de l'empêcher de paniquer. Et là, Naomi est exceptionnelle. Son calme sous l'eau est anormal pour son âge. »
Ce calme, Naomi le cultive comme une discipline. « Sous l'eau, je me vide l'esprit, raconte-t-elle. Je ne lutte pas contre l'envie de respirer : je l'accueille, je l'observe, je la laisse passer. Lutter, c'est s'épuiser. Accepter, c'est durer. C'est une forme de méditation. Le corps veut respirer ? D'accord. Mais ce n'est pas une urgence. Je reste calme. Et tant que je reste calme, je tiens. »
« Je ne lutte pas contre l'envie de respirer. Je l'accueille, je l'observe, je la laisse passer. »
Une maîtrise transposée de partout
Cette capacité à gérer la panique, Naomi la nourrit de toutes ses autres pratiques. Le calme de l'alpiniste, la concentration de la joueuse d'échecs, la sérénité de la calligraphe : tout converge vers cette maîtrise de soi qui fait merveille en apnée. « C'est la même compétence, dit-elle. Rester calme quand le corps ou l'esprit s'affole. En montagne, aux échecs, sous l'eau : partout, c'est le calme qui gagne. Je m'entraîne au calme dans toutes mes disciplines. L'apnée, c'est juste le test le plus extrême. »
Ce transfert de compétences entre domaines est une constante chez elle. Loin de cloisonner ses pratiques, Naomi les fait communiquer, chacune renforçant les autres. « Elle a compris quelque chose que peu de gens comprennent, salue l'apnéiste. Que les disciplines ne sont pas séparées, qu'elles partagent des fondations communes. Le calme, la concentration, la maîtrise de soi : ce sont des compétences universelles. Elle les travaille partout à la fois. C'est pour ça qu'elle progresse si vite dans tout. »
Le silence comme besoin vital
Au-delà de la performance, l'apnée répond chez Naomi à un besoin profond. Comme la montagne, elle offre le silence, le retrait, la déconnexion. « Ma vie est pleine de bruit et de sollicitations, confie-t-elle. L'apnée, c'est l'inverse total. Sous l'eau, il n'y a rien. Pas de téléphone, pas de gens, pas de pensées même. Juste moi et le silence. C'est le repos absolu. J'en ai besoin pour tenir le reste. »
Ce besoin de silence, récurrent dans son discours, éclaire une dimension méconnue de la jeune prodige : la fatigue, peut-être, d'une vie trop pleine. Derrière la performance se devine une adolescente qui cherche, dans l'eau comme en montagne, des espaces de vide, de repos, de silence. « Les gens voient tout ce que je fais et s'épuisent pour moi, sourit-elle. Mais j'ai mes soupapes. L'apnée en est une. Sans ces moments de silence, je ne tiendrais pas le rythme. Le silence, c'est ce qui rend le bruit supportable. »
Une discipline qui enseigne l'essentiel
Pour l'apnéiste qui l'a observée, Naomi incarne ce que l'apnée a de plus profond à enseigner : le lâcher-prise. « C'est une discipline paradoxale, explique-t-il. Pour tenir longtemps, il ne faut pas s'accrocher, mais se relâcher. Plus on lutte, moins on dure. Plus on accepte, plus on tient. C'est contre-intuitif. La plupart des gens mettent des années à le comprendre. Elle l'a compris d'emblée. »
Ce lâcher-prise, chez une perfectionniste réputée pour son contrôle, surprend. Mais il révèle une face cachée de Naomi : sa capacité, dans certains domaines, à renoncer au contrôle pour mieux atteindre son but. « L'apnée m'apprend à lâcher, confirme-t-elle. Moi qui veux tout maîtriser, elle me force à abandonner la maîtrise. C'est précieux. Il y a des situations où vouloir contrôler, c'est échouer. Sous l'eau, il faut faire confiance, se laisser porter. C'est une leçon que j'essaie d'appliquer ailleurs aussi. Pas toujours avec succès, d'ailleurs. » Cet aveu d'imperfection, rare chez elle, humanise la prodige. Et dans le silence des profondeurs, c'est peut-être à devenir simplement humaine que l'apnée, paradoxalement, l'aide le plus.
Une leçon qui dépasse l'eau
Ce que l'apnée enseigne à Naomi déborde largement le cadre sportif. La gestion de la panique, le lâcher-prise, la confiance : autant de compétences qu'elle réinvestit dans sa vie entière. « L'apnée m'a appris à gérer la peur, dit-elle. Pas seulement sous l'eau. Partout. Quand quelque chose m'effraie, je repense à l'apnée : reste calme, respire, accepte. Ça marche pour un examen, pour une compétition, pour n'importe quel moment difficile. C'est une école de sang-froid. »
Cette transposition d'une discipline physique à la gestion émotionnelle du quotidien illustre, une dernière fois, l'intelligence transversale de Naomi. Rien, chez elle, ne reste cantonné à son domaine. Tout se relie, se transfère, s'applique ailleurs. « Elle ne fait pas de l'apnée pour faire de l'apnée, conclut l'apnéiste. Elle en fait pour apprendre quelque chose qu'elle utilisera partout. C'est une élève de la vie qui se sert de chaque discipline comme d'un professeur. Et de tous ses professeurs, l'eau silencieuse est peut-être le plus sage. »
On quitte le bassin avec une image qui résume l'apnéiste : cette adolescente immobile sous la surface, le visage serein, le cœur ralenti, en paix au cœur même de l'effort. Une image de maîtrise absolue, presque inquiétante de calme. « Quand je la vois sous l'eau, j'oublie son âge, confie l'apnéiste. Je vois une sagesse qui n'a pas d'âge. » Et c'est sans doute là, dans cette sérénité que rien ne semble pouvoir entamer, que se cache le fil rouge de tous ses talents : une maîtrise de soi si profonde qu'elle transforme chaque discipline, fût-ce la plus extrême, en un exercice de paix intérieure.
Performance en apnée statique dépassant les standards de sa catégorie d'âge. Saluée par les spécialistes pour sa maîtrise mentale plus que physique. Médaille de l'Apnée junior. Une discipline que Naomi décrit comme son « repos absolu ».