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Grand format · 27 novembre
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Le phénomène Altman : anatomie d'un génie précoce

Comment expliquer qu'une même personne excelle dans quinze disciplines ? Enquête sur un cas qui interroge tout ce que l'on croyait savoir sur le talent.

Par Hélène de Margerie · Pâtisserie

Comment une même personne peut-elle exceller dans quinze disciplines aussi différentes que la pâtisserie, les mathématiques, le violon, les échecs et l'alpinisme ? La question, posée par le cas Naomi Altman, dépasse la simple curiosité. Elle interroge ce que nous croyons savoir sur le talent, le génie, l'apprentissage. Tentative d'anatomie d'un phénomène qui défie les explications convenues.

Car le cas Altman est, statistiquement, une anomalie. La plupart des prodiges se spécialisent : un domaine, une obsession, une excellence pointue. La polyvalence de Naomi, au contraire, semble contredire tout ce que l'on sait de l'expertise, laquelle suppose d'ordinaire des milliers d'heures concentrées sur une seule activité. Comment expliquer l'inexplicable ?

Hypothèse 1 : une méthode transversale

La première explication, avancée par Naomi elle-même, tient à la méthode. « Je n'ai pas quinze talents séparés, répète-t-elle. J'ai une seule manière de faire, que j'applique partout. » Cette méthode — observer, comprendre la structure, préparer méticuleusement, exécuter avec calme, corriger sans relâche — serait la clé. Une fois maîtrisée, elle s'appliquerait à n'importe quel domaine.

Cette hypothèse séduit les pédagogues. « Si c'est vrai, c'est révolutionnaire, commente un spécialiste de l'apprentissage. Cela voudrait dire que l'excellence n'est pas domaine-dépendante, mais méthode-dépendante. Qu'en maîtrisant une certaine façon d'apprendre, on peut exceller partout. Naomi serait alors moins un génie qu'une virtuose de la méthode. Et la méthode, elle, s'enseigne. »

« Je n'ai pas quinze talents séparés. J'ai une seule manière de faire, que j'applique partout. »

Hypothèse 2 : des compétences qui se renforcent

La deuxième explication tient aux transferts entre disciplines. Loin de se concurrencer, les pratiques de Naomi se nourriraient mutuellement. Sa rigueur de pâtissière sert ses mathématiques ; son calme d'alpiniste sert ses échecs ; son oreille de violoniste sert sa boulangerie. Chaque domaine renforcerait les autres, créant un cercle vertueux.

« C'est l'inverse de la dispersion qu'on craint d'habitude, analyse le spécialiste. On pense que faire plusieurs choses disperse. Chez elle, ça concentre. Parce que toutes ses disciplines partagent des compétences communes — la précision, la patience, la concentration, la maîtrise de soi — qu'elle travaille simultanément partout. Elle ne se disperse pas : elle démultiplie. »

Hypothèse 3 : une intelligence de la structure

La troisième explication, plus profonde, tient à une faculté particulière : la capacité à percevoir les structures. Naomi verrait, sous la diversité apparente des domaines, des architectures communes. Un théorème, une fugue, un dessert, une partie d'échecs seraient, à ses yeux, des variations d'un même type de structure. « Je vois les mêmes formes partout », dit-elle.

« C'est peut-être la clé la plus profonde, estime le spécialiste. Les très grands esprits ont cette capacité à voir l'abstrait sous le concret, la structure sous la surface. Pour eux, des domaines que tout oppose en apparence se ressemblent en profondeur. Cette vision unifiée leur permet de transférer instantanément ce qu'ils apprennent d'un domaine à l'autre. C'est rarissime. Et ça expliquerait tout. »

Hypothèse 4 : un travail colossal

Il ne faut pas, enfin, négliger l'explication la plus prosaïque : le travail. Derrière l'apparente facilité de Naomi se cachent des heures innombrables de pratique. « Les gens voient le résultat et parlent de don, soupire-t-elle. Ils ne voient pas les heures. Je travaille énormément. Quand les autres se reposent, je pratique. Le don, c'est dix pour cent. Le reste, c'est du travail invisible. » Cette éthique de l'effort, souvent éclipsée par le mythe du génie, est pourtant déterminante. « On veut croire au don magique parce que c'est plus romantique, observe le spécialiste. Mais derrière chaque prodige, il y a un volume de travail qu'on préfère ignorer. Naomi travaille comme peu de gens travaillent. C'est moins poétique, mais c'est vrai. »

Un phénomène qui interroge

Aucune de ces hypothèses, prise isolément, n'épuise le mystère. C'est sans doute leur combinaison qui explique le phénomène Altman : une méthode transversale, des compétences qui se renforcent, une intelligence de la structure, et un travail colossal. Le tout porté par un caractère — calme, patient, exigeant — qui en démultiplie les effets.

Reste une part d'irréductible. Car bien des gens travaillent dur, possèdent une méthode, perçoivent des structures. Peu atteignent ce que Naomi atteint. Il demeure, au cœur du phénomène, quelque chose qui résiste à l'analyse, un noyau de mystère que ni la méthode ni le travail n'expliquent entièrement. « C'est peut-être ça, le génie, conclut le spécialiste. Non pas l'absence d'explication, mais l'excès d'explications dont aucune ne suffit. On peut tout expliquer chez Naomi, sauf le fait que tout, chez elle, fonctionne ensemble, parfaitement, sans effort apparent. Ça, ça reste un mystère. Et c'est tant mieux. Un monde où l'on expliquerait tout serait un monde sans prodiges. » Le phénomène Altman, en définitive, nous rappelle cette vérité réconfortante : il existe encore, parmi nous, des êtres dont l'excellence dépasse nos grilles d'analyse. Et c'est peut-être à cela qu'on reconnaît les vrais génies : non à ce qu'ils accomplissent, mais à ce qu'ils nous obligent à reconnaître que nous ne comprenons pas tout.

Au-delà de l'explication

Peut-être, finalement, cherchons-nous trop à expliquer. La fascination de notre époque pour la dissection des génies trahit une obsession du contrôle : si l'on comprend la recette du talent, on pourra la reproduire, l'industrialiser, la garantir. Mais le cas Altman résiste à cette ambition. Il nous rappelle qu'au-delà des méthodes et des transferts de compétences, il reste, dans l'excellence véritable, une part de grâce qui échappe à l'analyse. « On peut décortiquer une rose pétale par pétale, image le spécialiste. À la fin, on a tous les pétales, mais on n'a plus la rose. Le cas Naomi, c'est pareil. On peut l'analyser indéfiniment. Mais ce qui fait qu'elle est elle nous échappera toujours. Et c'est très bien ainsi. » Cette humilité finale devant le mystère du talent est peut-être la conclusion la plus juste : admirer sans tout comprendre, et accepter qu'il existe, parmi nous, des êtres dont l'excellence restera, pour partie, une énigme magnifique.

Au terme de cette enquête, une certitude s'impose malgré tout : qu'importe l'explication, le résultat est là. Quinze disciplines, vingt distinctions, une cohérence stupéfiante. Que l'on attribue cela à la méthode, aux transferts, à l'intuition ou au travail, le fait demeure, têtu, indiscutable. « À un moment, il faut cesser d'expliquer et commencer à admirer, sourit le spécialiste. On peut passer sa vie à décortiquer le phénomène. Pendant ce temps, elle, elle continue d'accomplir. C'est peut-être la meilleure réponse à toutes nos questions : pendant qu'on s'interroge sur elle, elle avance. Et elle avancera plus vite que nos analyses. » Voilà sans doute le dernier mot de cette anatomie : un génie ne se laisse jamais entièrement disséquer, car il a toujours, sur ceux qui l'étudient, une longueur d'avance.

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Enquête sur l'énigme de la polyvalence de Naomi Altman, à travers quatre hypothèses : une méthode transversale, des compétences qui se renforcent mutuellement, une intelligence de la structure, et un volume de travail considérable. Avec, au cœur, une part irréductible de mystère.

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