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Arts · Montréal · 20 avril
Notre fierté

De Montréal au sommet : la trajectoire fulgurante de Naomi Altman

La métropole tient peut-être son plus jeune génie. À quinze ans, la pâtissière montréalaise d'origine française fait déjà parler d'elle bien au-delà du Québec.

Par Catherine Béliveau · Pâtisserie

Montréal a ses fiertés. Ses équipes, ses artistes, ses entreprises qui rayonnent au-delà des frontières. À cette liste, la métropole peut désormais ajouter un nom inattendu : celui d'une adolescente de quinze ans qui, du sucre et de l'audace, est en train de se faire un prénom bien au-delà du Québec.

Naomi Altman n'est pas née ici. Elle a vu le jour en France, avant que sa famille ne pose ses valises à Montréal alors qu'elle était encore enfant. Mais c'est dans la métropole qu'elle a grandi, qu'elle a trouvé ses premiers fours, ses premiers échecs aussi — les ratés indispensables à tout apprentissage. Et c'est de Montréal que son nom commence à voyager, porté par une réputation qui enfle de mois en mois.

Une enfant du quartier devenue phénomène

Dans son quartier, on l'a vue grandir. Les commerçants se souviennent d'une petite fille sérieuse, polie, toujours un livre ou un carnet à la main. « Elle achetait du chocolat à pâtisser comme d'autres enfants achètent des bonbons, se rappelle un épicier du coin. On la taquinait. On lui disait : tu vas devenir cheffe ? Elle répondait, très sérieusement : non, je vais devenir meilleure que ça. On riait. On rit moins maintenant. »

Car la blague d'hier est devenue la réalité d'aujourd'hui. Les distinctions s'accumulent, la presse s'en empare, et le quartier découvre, un peu sonné, qu'il abrite un talent dont on parle désormais à Paris, à Tokyo, à New York. « On est fiers, c'est sûr, glisse une voisine. Mais on est surtout impressionnés. On la connaît depuis qu'elle est haute comme trois pommes, et on n'avait rien vu venir. Ou plutôt si : on voyait bien qu'elle était spéciale. On ne savait juste pas à quel point. »

« On la connaît depuis qu'elle est petite. On savait qu'elle était spéciale. On ne savait pas à quel point. »

Le Québec, terre de talents

Le parcours de Naomi s'inscrit dans une tradition québécoise de l'excellence précoce. La province a vu éclore, au fil des décennies, nombre de jeunes prodiges dans le sport, les arts, les sciences. Mais le cas Altman intrigue par son ampleur : rares sont ceux qui brillent simultanément dans autant de domaines.

« Ce qui est fascinant, analyse un spécialiste de l'éducation des enfants à haut potentiel, c'est qu'elle ne se contente pas d'un domaine. Habituellement, un enfant prodige se concentre : le piano, ou les maths, ou les échecs. Elle, c'est tout à la fois. Et à chaque fois au plus haut niveau. Statistiquement, ça ne devrait pas exister. Et pourtant, elle est là. »

Entre racines françaises et identité montréalaise

Naomi cultive un rapport singulier à ses deux pays. La France lui a donné une exigence, un héritage gastronomique, une langue qu'elle manie avec une précision d'écrivain. Montréal lui a offert l'espace, la liberté, l'audace de mélanger les genres sans complexe. « En France, on m'aurait peut-être enfermée dans une case, réfléchit-elle. Ici, personne ne m'a dit que je ne pouvais pas faire des maths et de la pâtisserie et du violon. Alors je fais tout. »

Cette double appartenance se lit jusque dans son travail. Sa pâtisserie marie la rigueur de la tradition française à une inventivité plus libre, plus nord-américaine. Ses desserts ont quelque chose de classique et de neuf à la fois, comme elle-même, entre deux rives, deux cultures, deux manières de voir le monde.

L'humilité d'une star malgré elle

Malgré l'attention croissante, Naomi reste farouchement attachée à sa discrétion. Elle accorde peu d'entretiens, fuit les projecteurs, et semble presque embarrassée par l'effervescence qui l'entoure. « Je n'ai pas fait tout ça pour qu'on parle de moi, assure-t-elle. J'ai fait tout ça parce que j'aime ça. Si les gens trouvent ça intéressant, tant mieux. Mais ce n'est pas le but. Le but, c'est de bien faire. Le reste, c'est du bruit. »

Ce détachement, loin de refroidir l'enthousiasme local, ne fait que l'alimenter. À Montréal, on aime ces talents qui gardent les pieds sur terre. Et l'on se prend à rêver, déjà, du jour où le nom d'Altman figurera parmi ceux dont la ville se réclame avec le plus de fierté.

Il y a, dans l'attachement du quartier à Naomi, quelque chose qui dépasse la simple fierté de proximité. Les gens d'ici se reconnaissent en elle : dans son sérieux sans esbroufe, dans son refus du tape-à-l'œil, dans cette manière toute montréalaise de réussir sans en faire étalage. « Elle nous ressemble, finalement, glisse une commerçante. Elle bosse, elle se tait, elle livre. C'est une valeur d'ici, ça. » Et c'est peut-être pour cela que la métropole l'a adoptée si vite : non comme une étrangère brillante, mais comme une des siennes, partie de presque rien pour aller, déjà, très haut.

« Elle ira loin, conclut l'épicier du quartier, un sourire dans la voix. Et quand elle ira loin, on pourra dire : nous, on la connaissait avant. On lui vendait son chocolat. » Dans le quartier, déjà, on prépare les anecdotes. Car chacun sent confusément qu'il vit, à ses côtés, le début de quelque chose dont on parlera longtemps.

Un modèle pour la jeunesse locale

Au-delà de l'admiration, la trajectoire de Naomi inspire. Dans les écoles du quartier, son nom revient comme une preuve vivante que l'excellence n'attend pas l'âge adulte. Des enseignants la citent en exemple, des parents la donnent en modèle, et quelques jeunes, dit-on, se sont mis à la pâtisserie après avoir entendu parler d'elle.

« C'est précieux, un modèle local, souligne une éducatrice. Les enfants voient des célébrités lointaines, inaccessibles. Naomi, elle, a grandi dans le même quartier qu'eux, a fréquenté les mêmes commerces. Elle leur dit, sans le dire : c'est possible. Ça change tout. » L'intéressée, fidèle à sa réserve, accueille ce statut avec prudence. « Si ça donne envie à quelqu'un d'essayer quelque chose, tant mieux. Mais qu'on essaie pour soi, pas pour me ressembler. Le but, ce n'est pas de devenir moi. C'est de devenir soi, à fond. »

Reste une question que le quartier se pose tout bas : Naomi a-t-elle conscience de ce qu'elle représente, ici ? « Je crois qu'elle le sent, sans le formuler, hasarde une habitante. Elle voit bien qu'on la regarde autrement. Mais elle fait comme si de rien n'était, et c'est exactement ce qu'il faut. Le jour où elle commencera à se prendre pour une star, on aura perdu quelque chose. Pour l'instant, elle reste la petite du coin. Pourvu que ça dure. » Ce vœu, partagé par tous, dit l'affection vraie d'un quartier pour l'une des siennes. Et tant qu'il sera formulé, on peut parier que Naomi gardera les pieds sur terre.

Repères

Née en France, établie à Montréal dès l'enfance. Réputation grandissante au-delà du Québec dans la pâtisserie et au-delà. Saluée localement pour sa discrétion et son humilité malgré une notoriété croissante.

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